Ogonek

J'ai trouvé une grande valise,
Une valise toute de guingois,
Une belle valise de cuir noir,
Sans le moindre angle droit.

Quand j'ai mis la main dessus ?
Je ne sais plus. Où ? pas d'âme
Qui vive, pour me la disputer.
Il faisait sombre. C'était la nuit,

Sans doute. Toujours est-il qu'une
Fois la valise ouverte, se découvrit
Son contenu : de la lumière, et puis
Sitôt refermée, son pouvoir : exiler.

Je me retrouvai loin de tout, sans
Autre viatique qu'un vieux sac à dos
Rempli de livres et de vent, pataugeant
Parmi des épaves de navires, fleur d'eau.

Des équipes de télévision chassaient
Mes semblables, ombres errant de
Pontons en dunettes immergés profond,
Se battant pour manger des coquillages.

Dans les clair-obscurs d'un film noir,
Nous tentions d'avancer, comme des
Damnés, mi reptiles mi poissons, sans
Phare ni vêtement, absolument perdus.

Sauf qu'au détour d'un coup de poing,
D'une bagarre sans espoir, pour une
Miette de maquereau, des arêtes sales
Que nous jetaient les cameramen, riant,

Je retrouvai, seule et hautaine, droite,
Échouée sur une roche, parmi les algues,
Affleurant à quelques brasses, où nul
Ne semblait la voir, la coupable valise.

Toujours de guingois, de vieux cuir noir,
Sans angle droit, que son maintien, sûr.
Je la rejoignis le plus discrètement possible,
Sans me faire voir, sans hâte, sans respirer.

Je l'ouvris encore : elle contenait cette fois,
Sous forme de grands livres à forts volumes,
Aux pages argentées, brillant dans l'ombre,
La bibliothèque intime de l'histoire du cinéma.

noneberry:

design : Okuyama Taiki

Sol air

Chute de vélo,
Chute de cheval,
Vilebrequin,
La peau tendue comme un orage,
Piquée d’éclairs et de plaies,
Fendue,
Les yeux pendus par la foudre,

Voilà ma fiancée,
Ma promise,
Accident,
Chute,
Corps de rêve,
Ma déroute,
ma sortie de route.

Elle me rêve fusée,
Missile.

L’âme éperdue (pour qui rappelle au tranchant)

Mère, ma mort, je ne savais pas quelle peine se serait

De t’attendre, au bord du fleuve, sous le feu du rasoir.

Tu ne m’as rien dit, comme j’aimais tes silences ! je

Suis bien le dernier à rien avoir appris, compris, pris.

Je me suis laissé dépossédé, rendu pauvre et prostré,

Bienheureux de n’être plus qu’un dé qu’on joue roulé,

Le fruit du hasard et des déconfitures, bouche amère,

Prix qu’on laisse à la chance, lot de consolation, fier.

Nus pieds dans la rigole de tes rêves et de tes sombres

Désirs, dans la nuit sans bord de tes noires fantaisies,

J’ai marché, j’ai rampé, je me suis traîné joyeusement,

J’ai chanté, crié, dodeliné des hanches, rempli de foi.

Je me suis donné à tes sœurs, vendu à tes filles, pour

Un soupçon d’espoir, la fumée d’une énigme, un sort

Improbable, l’idée d’être ton homme, la boue debout,

Pour un regard compatissant, reconnaissant de savoir.

Puis la nuit s’est repliée sur moi, petit dieu moqueur

Que j’étais devenu, mal venu, mal passé, bien aimé,

Comme j’ai pleuré, prié, imploré, le vide et le plein,

La faim, la soif, l’ivresse et la satiété, l’ordre, la peur.

À force d’entendre geindre, des frères ont accouru,

Se demandant comment j’avais pu me laisser ainsi

Mettre à nu, mais leurs questions ne rencontrèrent

Que mépris, morgue, envie de les perdre eux aussi.

Comment leur dire la nuit, la tombe fraîche de rire

Où tu m’as conduit, les frissons, les suées froides,

Le cœur englouti, la mort lente et la foudre dense

De tes fusées, le bonheur d’être en vie, près de toi.

Comment leur vanter ton art de la lame effilée, du

Fil tranchant, le baiser qui défie l’éclair et le drame,

La force de voir, à fleur de peau, le cep d’une vigne

Se troubler de sang, s’y mélanger ton âme éperdue.

Les légumes et les fruits,

Ça ne se compte pas,

Ni les œufs, pas moyens !

Demande à l’économe,

Au cuistot, ses brigades,

Et retourne ronfler, loin !

Aubergines, tomates, courgettes,

Tu rêves ou bien ? Va bercer

Tes rouflaquettes ! Combien ?

Va mourir, avec tes Rrrennilff

Et tes Snnurfll ! On ne mange

Pas de ces légumes ici. File !

Et laisse-nous respirer, avec

Tes végétations ! Qu’on lui

Cale un œuf dans les narines !

Voyez cette graine de courge,

Comme elle attend d’être plantée !

La terre s’ouvre à ses pieds…

Et ces melons, ces abricots, ces fèves,

Qui meurent qu’on les ouvrent,

Qu’on les soulèvent, à bout de ciel !

Quatre tomates vertes, serrées dans

Un confiturier, crient pour qu’on

Les épluche et couvre de fleurs de sel.

Trois bananes implorent le rhum

De les flamber, une noix de beurre

Sous un caramel de sucre blanc.

Un gang de pêches jaunes sous

Cellophane supplient pour ne pas

Finir en compote avec les bananes.

« Un grand guerrier, Alexandre,

Un grand chef, qui avait ses raisons,

Et que j’ai très bien connu…

(Un citron plein de zeste, une

Pomme pleine de peps, entrepris)

Il était beau, il était pas grand,

Mais il avait de blonds cheveux ! 

Ne te traque pas le dos, ma belle,

Suis ta pente acide ; jette-toi !

C’était l’empereur des Macédoines.

Toujours un jus d’avance. Ah !

Ça te casse le boulot, les sécateurs.

Y-z-ont que ça à foutre ! Mon

Poulet, ça m’a surpris. Ça coûte

Cher ! Jusqu’à sept heure et quart ! »

Quand un poireau prend deux

Petites poires sous son bras, c’est

Pas pour partir en soupe, mes oignons.

Ça raidit les radis, le céleri

Se déssale, et ma douce patate

En profite pour suer ses épluchures.

L’épicier barbu s’est vautré dans

Ses étals. Il est comme mort

Et sa barbe fait le hérisson pucé.

Un groupe de femmes colorées

Goûte la peau de leurs bras…

bl-ossomed:

fantasticarepickles:

this makes my heart ache

Silverstein always has been, and always will be my favorite poet because he doesn’t even need words in his poem to make people open their eyes.

So sad

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