Ogonek

shihlun:

Roland Topor, Les Masochistes, 1960.

(Source : keepyoureyesshut)

(Source : edward-grey)

(Source : kingudamu.com)

Le Havre

Tombé de lune en parachute, les skis aux pieds, poudreuse à perte de vue, dans une combinaison jaune moutarde, feuille morte, tombé de lune sur miroir de neige, nuit glacée, autant d’étoiles au sol que dans le ciel troué, trou dont le ciel libère torrents d’étoiles et tombeaux de nuit, tombe de la lune.

Tombé de la lune une nuit sans lune, en combinaison de ski jaune, comme une feuille de moutarde morte, j’ai plané longtemps, dévorant le ciel et ses cartes, ses lignes et ses angles, ses cônes de vide et de lumière, laissant flotter entre deux ciels, entre deux cieux, un long moment, les yeux.

Qu’avais-je d’autre à perdre, au point mort où j’étais, que mes yeux, peu de temps pour le moins dévorant, comme les yeux, le temps plus gros que le vide, plus léger que l’art, le désert dévorant dès les yeux dévorés.

Laissons tomber là montres et cils, pendules et lunettes, paupières et ressorts, c’est la peau comme la pierre qu’il convient d’aborder la glace si l’on veut la briser, aussi lente feuille de moutarde morte soit le dernier étage de la chute à se détacher devant l’impact, aussi longtemps se laisse-t-elle bercer dans l’air vif et coupant comme le sabre.

Je me suis ramassé sous une avalanche, après que neige au soleil ait fondue, dans les ronces en bordure de rivière, fripé, flapi, empreint du grand sommeil des lits que creusent l’eau, le temps de sécher et je suis remonté d’où j’étais venu, pour profiter du paysage, l’altitude me rendant des joues, tombées de lune bien pâles.

Plates gifles et bribes d’origami, petits cubes ronds qui courent tressautant sur l’avenue des origines, si peuplée, si solitaire, j’ai porté, tu portes, je reste à portée, partitionné, fessées rondes et débris de big-bang, trous dans la queue des neuf chats du clavier, cartes perforées de la musique des sphères, jouée bien avant d’être lue, nue quand elle est lucide ailée.

Mine de rien garde les pensées de ce qui les détourne de leur objet, peu de natures ne sont pas persévérantes, nos différences n’ont pas plus de fin que nos répétitions, toutes les langues auxquelles la mort a retiré la parole, tel brouhaha, rien de tout cela ne vient à nos oreilles, sinon la nuit, peut-être, quand nous n’entendons plus rien.

Au moins cela devrait nous réveiller, la lâche chute du son, perdue la vue, l’ouïe qui n’y est plus, la forêt des signes s’est transformée en puits souterrains, cavernes aquatiques, obscurs cloaques, où l’ombre est partout chez elle et ne s’achèvent pas ses représentations.

Il est temps de changer de nom.

(Source : quarecords)

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